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'Las heridas del viento'

Juan Carlos Rubio

Traducido al francés por Lorena Bénichou

Número revista:

7

(David lâche les lettres. Il les observe. Ensuite, il en attrape quelques unes. L’une des enveloppes a été ouverte puis recollée.)


DAVID - Pas d’adresse d’expéditeur. Mais le destinataire est toujours indiqué avec la même écriture : ferme, ronde, satisfaite d’elle-même, sûre de ses capacités… Qui peut bien être l’interlocuteur anonyme capable de déchaîner en lui ce genre de sentiments qui sortent tant de l’ordinaire ? Que ce soit bien clair : mon père était typiquement une personne qui, s’il brisait quelque chose, la brisait délibérément… Jamais, vous m’entendez, jamais il ne se trompait… (Il regarde l’enveloppe ouverte puis recollée.) Enfin, c’est ce que je croyais…


(David sort la lettre et se met à la lire à voix haute.)


DAVID - “Cher Rafael… Voilà déjà trois semaines que je ne t’ai pas vu et tout ce que je peux dire, c’est que rien ni personne ne parvient à t’éloigner de ma mémoire, troublée par ton insatiable absence, par ton souvenir évocateur…” (Il cesse de lire et regarde le public.) Je jure que pendant un moment j’ai cru que je m’étais trompé d’héritage...Mais non… “Insatiable absence” ? “Souvenir évocateur” ? Cette lettre ne pouvait être adressée au propriétaire du bureau en bois de santal que je connaissais…


(David continue de lire, de plus en plus fasciné.)


DAVID - “Les jours se suivent, plats, longs, comme un plateau stérile sur lequel rien ne fleurit si tu n’y poses pas les pieds… Dans une semaine je rêverai de toi dans mes bras, imaginant un monde dans lequel rien, à part toi et moi et cet amour plus fort que moi, quel qu’il soit, s’il ne peut être comme il le devrait… Je t’aime tant que même l’écrire me fait souffrir…” (Au public.) Est-il possible d’aimer au point d’en souffrir ? (Il continue de lire.) “Je rêverai de toi chaque nuit, chaque jour, les yeux ouverts et fermés, l’âme lointaine et orpheline sans toi… Au revoir, mon amour…”


(David relève le regard. Il paraît déconcerté, comme si connaître l’identité de la personne qui signait ses mots provoquait en lui un véritable cataclysme.)


DAVID - Juan… Juan ? Merde ! Juan ? (Au public.) Toute cette poésie de comptoir, tous ces éloges écoeurants… C’était un homme qui les signait ? Juan..! Mais qui était donc mon père ? Qui ? (Il laisse exploser toute sa rage.) Qui étais-tu, père ? Dis-le-moi ! J’ai le droit de savoir ! Qui ?





(DAVID deja caer las cartas. Las observa. Después, coge algunas. Uno de los sobres está roto y vuelto a pegar.)


DAVID – Ningún remitente. Pero el destinatario siempre escrito con la misma letra: firme, rotunda, satisfecha de conocerse, segura de sus capacidades… ¿Quién sería aquel anónimo interlocutor capaz de desencadenar en él un registro de sentimientos tan alejados de lo cotidiano? Para que les quede claro, mi padre era la típica persona que si rompía algo era porque quería romperlo… Nunca, me oyen, nunca se equivocaba… (Mira el sobre roto y vuelto a pegar.) O eso creía yo…


(DAVID saca la carta y comienza a leerla en voz alta.)


DAVID – “Querido, Rafael… Tres semanas ya sin verte y todo lo que puedo decir es que nada ni nadie consigue alejarte de mi memoria, perturbada por tu ausencia insaciable, por tu evocador recuerdo...” (Deja de leer y mira al público.) Juro que por un momento pensé que me había equivocado de herencia… (DAVID consulta de nuevo las señas escritas en el sobre.) Pero no… ¿”Ausencia insaciable”? ¿”Evocador recuerdo”? Esta carta no podía estar dirigida al dueño del escritorio de madera de sándalo que yo conocía…


(DAVID sigue leyendo, cada vez más fascinado.)


DAVID – “Los días transcurren llanos, anchos, como una meseta estéril en la que no florece nada si tú no caminas a través de ella… Dentro de una semana te soñaré en mis brazos, imaginando un mundo en el que nada, excepto tú y yo y este amor que me domina, sea como es, sino como debería ser… Te quiero tanto que me duele hasta escribirlo...” (Al público.) ¿Es posible amar tanto que duela? (Sigue leyendo.) “Soñaré contigo cada noche, cada día, con mis ojos abiertos y cerrados, con mi alma lejana y huérfana sin ti… Adiós, amor...”


(DAVID levanta la vista. Parece desconcertado, como si conocer la identidad de la persona que firmaba aquellas palabras provocara en él una verdadera tormenta.)


DAVID – Juan… ¿Juan? ¡Mierda! ¿Juan? (Al público.) Toda aquella sarta de poesía barata, de empalagosos halagos… ¿los firmaba un hombre? ¡Juan!… Pero, ¿quién era mi padre? ¿Quién? (Deja salir toda su rabia.) ¿Quién eras, padre? ¡Dímelo! ¡Tengo derecho a saberlo! ¿Quién?