Image-empty-state_edited.jpg

'Sanguínea'

Gabriela Ponce

Traducción al francés por Jeanne Bollée

Número revista:

8

Je pensai attraper mes affaires et sortir en courant. J’avais l’habitude de courir. Je ne courus pas. Avec mes larmes qui coulaient à flots avec la même force que le sang et la grêle, je réveillai la María qui dormait dans le lit d’à côté et un rictus se forma sur mes lèvres. Je crois que ce fut le rictus du hurlement ou de l’horreur, car elle m’attrapa par le bras et me dit allons à la rivière. Nous marchâmes et moi, alors que je foulais les aspérités de la forêt du Nord-Ouest avec un short et de bottes qui glissaient sans contrôle sur la terre humide, car en plus il pleuvait, je pensai à des milliers de choses, toujours et encore ce vagabondage de la pensée à rendre folle,  qui n’est que jaillissement d’images, en sentant mes genoux trembler et une spirale se former dans ma gorge, en glissant et en me relevant, le passé s’amoncelant comme un futur inévitable. La désolation à la pointe durcie de mes tétons, la peur entassée sur mon coccyx. Nous arrivâmes à la rive et je me déshabillai, me couvrant la poitrine des mains et pleurant pour une chose si grave qu’elle pouvait à peine se penser, une chose si grave qu’elle en devenait neutre, elle n’était ni immobile ni en mouvement et elle avait existé depuis toujours. Cette douleur me précède, pensai-je. Et cette pensée fut immédiatement suivie d’une autre : ce sont les femmes, mais l’image du neutre s’imposa de nouveau. Ce n’était pas un homme ni une femme et ce n’était pas moi. Cette douleur est un monstre, pensai-je. De nouveau je voulus la nommer, mais la répétition constante du même revint. Cette douleur me précède, encore, comme un mantra, cette douleur me précède, et alors que j’essayais de penser pour trouver un peu de calme à l’origine de ce mal, l’image d’un noyau qui se fend apparut avec un galet touchant le centre d’une onde qui, à cet instant, se forma sur la rivière et dont je ne sus pas d’où elle venait. La María m’attrapa par la main et me plongea dans l’eau glacée, lavant la morve et les larmes qui ruisselaient sur mon corps nu et qui sortaient des orifices, je m’agenouillai en me cramponnant à une pierre, et les mains de la María attrapèrent le savon et commencèrent par mon dos pendant qu’elle disait des mots qui paraissaient un chant lointain et elle continua en caressant mes fesses avec un morceau de savon ou avec sa main, peut-être était-ce sa main avec une feuille ou peut-être était-ce seulement sa main avec de la boue . Elle continua sur mes cuisses et s’arrêta et toutes deux nous vîmes le sang et alors elle me toucha à peine les poils pubiens et continua sur mes seins, écartant avec douceur ma main elle toucha mes tétons puis mon cou, elle continua avec mes cheveux, mes longs cheveux emmêlés entre ses doigts, dégageant d’entre les mèches des feuilles qui étaient restées accrochées. Moi, pleurant plus fort et agrippant mon vagin, elle, disant d’étranges petits mots, le sang comme un affluent lui aussi lointain teignant l’eau, les pierres et les feuilles humides. Elle me prit dans ses bras et nous nous fondîmes dans l’eau, et moi touchant ses cheveux bouclés, elle étreignant mes hanches, sentant ses fesses fermes, mes bras reposant sur son dos, les corps gravitant dans l’eau, mon sang se calmant et moi avec elle, tout se rejoignant loin de la pensée. Le ciel immense. Ce que les corps font ensemble lorsqu’ils se touchent, lorsque les doigts glissent dans les orifices et vont caressant les structures plissées et fragiles, les formes et les taches, lorsqu’ils vont lubrifiant les parties les plus rouges avec leurs chairs blanches. Le plaisir du toucher. L’eau entrant par mes orifices avec ces doigts pour apaiser mes organes. Le soir même, après une des séances de thérapie collective de la retraite, nous retournâmes à la rivière, cette fois plus loin du campement où l’affluent formait une cascade. Nous revînmes toutes les deux avec un Français d’une beauté silencieuse qui s’amoncelait dans ses yeux. Quand la beauté est silencieuse, quand elle ne se signale pas mais se dissimule sans cesse, le scintillement se glisse sur les arêtes et te lance des éclats légers mais fulgurants; moi cela me trouble et quand ça arrive, me donne des rires nerveux. Tous les trois nous allâmes à la rivière, moi en riant avec la même densité que j’avais pleuré le matin, je pensais retourner dans l’eau mais j’eus honte de tant de sang et je restai sur la rive, eux s’immergèrent et nagèrent jusqu’à la cascade et reçurent la précipitation de l’eau à la verticale sur leurs têtes. Leurs corps se déplaçaient entre des rires qui se multipliaient, et c’étaient des milliers de rires, c’étaient les rires de tout, c’étaient les rires des rochers sur lesquels j’étais assise et dont la vibration m’excita et m’attendrit et ces deux sensations qui étaient incompatibles entraînèrent mes jambes dans l’eau loin des deux autres, en vibrant, parce que la sensation est toujours vibration, m’avait dit l’homme de la caverne lorsqu’il m’expliquait ce qu’était le rythme et qu’il s’enfonçait dans les profondeurs d’une pensée musicale dans laquelle le souffle, ainsi qu’il l’appelait, donnait naissance à toutes les formes du mouvement. Le corps de la María était osseux et grand et correspondait d’une certaine manière avec la rondeur du corps du Français, correspondait en opposition (ou en synchronicité, je ne sais pas). C’étaient des corps distincts mais en accord. J’imaginai leurs bouches s’embrassant et tout prit parfaitement sens, surtout pour ce qui est du rythme. La jalousie que j’avais ressentie des années auparavant pour elle, pour la négligence avec laquelle elle présentait sa beauté (et particulièrement ses cheveux), se transforma avec les années en admiration. Je fis tout pour qu’elle m’aime et ensuite, quand mes cheveux avaient quelque chose de ses cheveux et que ses doigts aussi avaient de grands anneaux comme les miens, alors je l’aimais et elle m’aimait et  je ne pouvais  plus distinguer ce qui était à moi et ce qui était à elle et cela, par la suite, nous amena à la haine, et de nouveau, par chance à l’amour mais cette histoire ne relève pas de notre propos présent. A cet instant elle et le Français étaient également moi et la rivière. Je me suis alors souvenue de ce qui, ce matin-là, au milieu de la désolation, dans cette lente litanie, elle m’avait demandé que j’observe: le désordre de toutes les choses, avait-elle dit, observe les formes s’il te plaît, leur apparence désordonnée, et elle avait poursuivi en mentionnant les choses une à une:


arbre, pierre, rivière,

liane, poisson, doigt,

bras, visage, air,

cycle, oiseau, feuille


et tous ces mots résonnaient comme une chanson ou un poème ou comme la conjonction, et c’était la raison d’être ou la possibilité d’être des choses, des feuilles et de l’air et de son doigt, qui à cet instant frôlait avec précaution les bords de mon intérieur. Elle parlait toujours beaucoup et beaucoup de ce qu’elle disait, surtout lorsqu’elle se forçait, me semblait banal mais quand elle perdait son sérieux elle était capable de dire des choses qui me surprenaient et m’éclairaient, et ce matin, elle avait conclu ce récital des choses pendant qu’elle me touchait avec une phrase qui faisait allusion à l’existence de quelque chose de mystérieux, ainsi qu’elle le formula, quelque chose qui transperce le monde, qui transperce la feuille, mais ne la tue pas. Cette idée avait calmé mon esprit et au soir, en observant son corps recevoir le choc de l’eau à côté d’un autre corps, se transforma en une révélation, qui comme toute révélation est indicible. Une pensée échappant à la perte pour s’ancrer dans une seule image. Ce n’était pas l’expérience de l’unité, ce n’était pas non plus l’expérience de la dissolution, ni la conjonction qui permettait l’existence de tout, mais une multiplication et aussi un déraillement. C’est ce que nous étions. Je sentis à ce moment la multiplication comme une résonance de la pierre dans mon ventre — mon ventre lourd de fibromes, un docteur me disant que je ne pourrai pas avoir d’enfants — et je sentis aussi le plaisir des formes et la divergence entre les formes et leurs noms. J’ai arrêté mon regard sur un arbre et j’ai savouré le mot feuille. Les feuilles, ce vert qui vient de la terre, de la racine et s’expose sous tant de formes à l’air. La matière qui est toujours immergée dans une autre matière : intimité plus forte que la contigüité et la conjonction. Le dire ainsi, de cette façon, n’est pas précis non plus. Cela sonne prétentieux et évident et confus, mais ce qui est certain c’est que ces sensations m’ont conduite à dire une phrase dont je me souviens avec exactitude : je veux recommencer. Immédiatement je sus que c’était impossible et je me fondis dans l’eau, sentant étrangement un soulagement qui me fit flotter et respirer allongée sur l’eau, enfin sans peur.



*



Pensé en agarrar mis cosas y salir corriendo. Estaba habituada a correr. No corrí. Con las lágrimas saliéndome a mares con la misma fuerza que la sangre y el granizo, Ie desperté a la María que dormía en la cama de al lado y se formó en mis labios una mueca. Creo que fue la mueca del alarido o del horror porque ella me agarró del brazo y me dijo vamos al río. Caminamos y yo al pisar lo agreste de la selva del noroccidente con un short y unas botas que se resbalaban sin control en el barro mojado, porque además llovía, pensé en miles de cosas, otra vez el vagabundeo enloquecedor del pensar, que es puro salpicar de imágenes, sintiendo las rodillas temblar y una espiral formarse en la garganta, resbalándome y levantándome, acumulandose el pasado como un futuro inevitable. La desolación en la punta endurecida de los pezones, el miedo amontonado en el coxis. Llegamos a la orilla y me desnudé cubriéndome el pecho con las manos y llorando por algo tan grave que a penas podía pensarse algo tan grave que se volvía neutro, no estaba ni en quietud ni en movimiento y había existido desde siempre. Este dolor me precede, pensé. Y ese pensamiento inmediatamente se siguió de otro: son las mujeres pero la imagen de lo neutro otra vez se impuso. No era hombre ni mujer ni era yo. Este dolor es un monstruo, pensé. Otra vez quise nombrarlo, pero la repetición incesante de lo mismo volvió. Este dolor me precede, otra vez, como mantra, este dolor me precede, y mientras trataba de pensar para alcanzar algo de calma en el origen de ese mal, la imagen de un núcleo fisurandose apareció con una piedrita tocando el centro de una onda que, en ese momento, se hizo en el río y que no supe de dónde venía. La María me agarro de la mano y me metió al agua helada, limpiándome los mocos y las lágrimas que chorreaban por mi cuerpo desnudo y que salían por los huecos, me arrodillé sosteniendome de una piedra, y las manos de la María agarraron el jabón y empezaron por mi espalda mientras decía palabras que eran como un canto lejano y siguió acariciando mis nalgas con un trozo de jabón o con su mano quizá era su mano con una hoja o quizá era solo su mano con barro. Siguió por mis muslos y se detuvo y las dos vimos la sangre y entonces me tocó apenas el vello pubico y siguió por mis tetas, retirando con suavidad mi mano toco los pezones y luego el cuello, siguió por mi pelo, mi pelo largo enredado entre sus dedos, desentrañando entre los pelos hojas que se habían quedado atoradas ahí. Yo, Ilorando más fuerte a agarrandome la vagina, ella, diciendo extrañas palabritas, la sangre como un afluente también lejano pintando el agua, las piedras y las hojas mojadas. Me abrazô y nos hundimos en el agua, yo, tocando su pelo ondulado, ella, apretando mi cadera, sintiendo sus nalgas firmes, reposando mis brazos en su espalda, rodando los cuerpos en el agua, calmándose mi sangre y yo con ella, todo juntándose Iejos del pensamiento. Inmenso el cielo. Lo que  los cuerpos hacen juntos cuando se tocan, cuando los dedos resbalan por los huecos y van acariciando las texturas plisadas y frágiles, los volúmenes y las manchas, van humectando las partes más rojas con sus yemas blancas. El placer del tacto. El agua ingresando por mis huecos junto a esos dedos para suavizar mis órganos. Esa misma tarde, después de una de las terapias colectivas del retiro, regresamos al río esta vez más lejos del campamento donde el afluente hacia cascada. Volvimos las dos con un francés que era de una belleza silenciosa que se acumulaba en sus ojos. Cuando la belleza es silenciosa, cuando no se manifiesta sino que está todo el tiempo ocultándose,  el brillo se cuela por los filos y te lanza destellos ligeros pero fulminantes; eso a mi me marea y cuando sucede, me da risa nerviosa. Fuimos los tres al río, yo, riéndome con la misma espesura con la que en la mañana había llorado, pensaba regresar al agua pero me avergonzó tanta sangre y me quedé en la orilla y ellos se sumergieron y nadaron hasta la cascada y recibieron la velocidad del agua vertical sobre sus cabezas. Sus cuerpos se movían entre risas que se multiplicaban y eran miles de risas, eran las risas de todo, eran las risas de las rocas sobre las que yo estaba sentada y cuyo vibrar me excitó y me enterneció y esas dos sensaciones que eran incompatibles aceleraron mis piernas que fueron entrando al agua, lejos de los otros dos, vibrando, porque la sensación es siempre vibración, me había dicho el hombre de la cueva cuando me explicaba qué era el ritmo y se adentraba en las profundidades de un pensamiento musical en el que el soplo, así lo llamaba él, daba origen a todas las formas del movimiento. El cuerpo de la María era huesudo y largo y coincidía de alguna manera con la redondez del cuerpo del francés, coincidía en oposición (o en sincronicidad, no lo sé). Eran cuerpos distintos, pero coincidentes. Imaginé sus bocas besándose y todo tuvo perfecto sentido, sobre todo en lo relativo al ritmo. La envidia que había sentido hace años por ella, por el descuido con el que llevaba su hermosura (y particularmente su pelo), se transformó con los años en admiración. Todo hice para que me quisiera y luego, cuando mi pelo tenía algo de su pelo y sus dedos también tenían anillos grandes como los míos, ya la quería y ella quería a mí y ya no podía distinguir que era mío y que era de ella y eso, más adelante, nos llevó al odio, y otra vez, por suerte, al amor, pero esa historia no viene al caso ahora. En ese instante ella y el francés eran también yo y el río. Me acordé entonces de lo que esa mañana, en medio de la desolación, en esa letanía lenta, ella me había pedido que observe: el desorden de todas las cosas, eso había dicho, observa las formas, por favor, su apariencia desordenada, y había ido mencionando cosa por cosa:


árbol, piedra, río,

liana, pez, dedo,

brazo, cara, aire,

ciclo, pájaro, hoja


y todas esas palabras sonaban como una canción o un poema o como la conjunción y esa era la razón de ser o la posibilidad de ser de las cosas, de las hojas y el aire y de su dedo, en ese instante, rozando con cuidado los bordes de mi interior. Ella hablaba mucho siempre y mucho de lo que decía, sobre todo cuando se esforzaba, resultaba para mí banal pero cuando perdía la seriedad era capaz de decir cosas que me sorprendían y esclarecían, y esa mañana, ese recitar las cosas mientras me tocaba había concluido con una frase que hacía alusión a la existencia de algo misterioso, así lo dijo ella, algo que atraviesa el mundo, que atraviesa la hoja, pero no la mata.


Esa idea había calmado mi espíritu y en la tarde, observando su cuerpo recibir el choque del agua junto a otro cuerpo, se transformó en una revelación, que como toda revelación es indecible. Un pensamiento escapando de la pérdida para anclarse en una sola imagen. No era la experiencia de la unidad, tampoco era la experiencia de la disolución, tampoco la conjunción permitiéndole a todo ser, sino una multiplicación y también un descarrilamiento. Eso éramos. Sentí en ese momento la multiplicación como un resonar de la piedra en mi vientre —mi vientre cargado de miomas, un doctor diciéndome que no podré tener hijos -- y sentí también el placer de las formas y la desviación entre las formas y sus nombres. Detuve la mirada sobre un árbol y saboreé la palabra hoja. Las hojas, esa verdura que se hace de la tierra, de la raíz y se expone en tantas formas al aire. La materia que está siempre inmersa en otra materia: intimidad más fuerte que la contigüidad y la conjunción. Decirlo así, de ese modo, tampoco es preciso. Suena pretencioso y elemental y confuso, pero lo cierto es que esas sensaciones me llevaron a decir una frase que recuerdo con exactitud: deseo volver a empezar. Inmediatamente supe que eso era imposible y me hundí en el agua sintiendo extrañamente un alivio que me hizo flotar y respirar tumbada sobre el agua, por fin sin miedo.




Jeanne Bollée (Le Mans, Francia, 1999).

Estudiante de Ciencias Cognitivas en la École normale supérieure de París. Traductora. Ganadora de concurso de jóvenes traductores. Teatrera.