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Selección de poemas

Gabriela Vargas Aguirre

Traducción al francés de Lorena Bénichou

Número revista:

6

Sur les trottoirs on compte les heures avant le lever du jour


Si dans le journal d’une nuit

où l’on dort les heures réglementaires

l’on prenait en compte les points épars pour bâtir

une horloge, on noterait ce qui suit :


1. L’immobilité est un drap invisible.

Il y a des plumes qui s’enracinent dans un désert mouvant où mon corps prépare un temps mort.


2. Si un rêve commence avec trois chats contemplant le vide, un cri retentira, libre, et mes doigts toucheront l’aurore.


3. 3:33 est l’heure la plus obscure de la nuit, me dis-tu, pendant que nous voyons se faire mitrailler un homme qui caresse une cigarette roulée dans une feuille de soie.


4. Une ambulance qui ne s’arrête pas est un chien qui s’approche pour flairer un corps ou seulement des fillettes qui rêvent en pleurant.


5. Et si la peur, c’était de ne pas se réveiller?


6. Un corbeau est une armoire dans laquelle les vêtements vieillissent avec l’écoulement des heures ou la menace constante de la lumière.


Il y a toujours quelqu'un pour faire tourner une toupie, il y a toujours des chiens qui s’obstinent à poursuivre leur queue, toujours quelqu'un à la merci du mouvement des roues. On dit qu’ainsi, le temps passe plus vite.


Alors le jour se lève et quelqu'un ment sur la pluie qu’il transforme en rideau et en oreiller : en tissus de quelqu'un qui dort parce qu’il comprend le silence.





En las aceras se cuentan las horas para que amanezca


Si en la bitácora de una noche

en la que se duerme las horas reglamentarias

se tomaran en cuenta los puntos aparte para construir un

reloj, anotaría lo siguiente:


1. La inmovilidad es una sábana invisible.

Hay plumas asentándose sobre un desierto blando en el que mi cuerpo prepara un tiempo muerto.


2. Si un sueño empieza con tres gatos mirando a la nada, un grito se hará libre y mis dedos tocarán la madrugada.


3. 3:33 es la hora más oscura de la noche, me dices, mientras vemos acribillar a un hombre que acaricia un cigarro envuelto en papel cometa.


4. Una ambulancia que no para es un perro acercándose a olfatear un cuerpo o solo niñas que sueñan mientras lloran.


5. ¿Y si el miedo es quedarse dormido?


6. Un cuervo es un armario en el que ropa envejece con el transcurrir de las horas o la amenaza constante de la luz.

Siempre hay alguien girando un trompo, siempre hay perros que insisten en perseguir su cola, siempre alguien está pendiente del movimiento de las llantas. Dicen que así, el tiempo pasa más rápido.

Entonces amanece y alguien miente sobre la lluvia a la que convierte en cortina y almohada: en los tejidos de alguien que duerme porque entiende el silencio.





Un mendiant nommé David Foster Wallace


J’ai, dans les mains, un soleil brisé:

des yeux qui se figent au souvenir d’une maison.

Mon enfant s’effondre, traverse et clôt les routes,

comme s’il voulait se transformer en chemin,

comme si cheminer était sa manifestation

ou une guerre ou, simplement,

perdre ses mains en cherchant une clef dans ses poches

ou la valve d’une cachette de brouillard.

Le regard sur les portes, sur les briques des maisons,

de centaines de maisons et de tables qui ne l’attendent pas,

qui ne soutiennent pas ses jambes sur leurs chaises.

Mon enfant avec son pain dur, ses chaussures de toujours:

enfant, plutôt ailes que coton ou lin.

Enfant froid et ciment: un trottoir en terre.

N’importe quel arbre est ta maison.

N’importe quel arbre est ta maison, répètes-tu.

Mais maison est un faux-pas, une chambre qui se cache.

Alors la rue, à nouveau la faim

et toi, en silence, comme un taureau défait,

une file de trains se traînant vers un pont qui se ferme.

Ne regarde pas, tu n’auras plus d’air,

ne regarde pas, il n’y a pas de port, pas de guerre, pas de maison.

Mon enfant tient une page blanche,

un miroir parce que maintenant la mer est muette, blanche.

Enfant qui vole, tourne comme une planète froide,

très froide, seule, très seule.

Plus de pain ni de faim qui tombent

comme l’écriture de quelque chose qui était urgent et qui ne s’est pas dit.

Alors je tiens dans ma main

le soleil brisé d’un jour quelconque,

dans une maison étrangère, quelconque,

qui l’a vu ouvrir la bouche,

lâcher les doigts.

Se pendre.





Un mendigo llamado David Foster Wallace


Tengo en las manos, un sol partido:

ojos que se interrumpen con el recuerdo de una casa.

Mi niño se desploma, cruza y acaba las vías,

como queriendo volverse un camino,

como si caminar fuera su marcha

o una guerra o, simplemente,

perder las manos buscando una llave en los bolsillos

o la válvula de un escondite de niebla.

La mirada en las puertas, en los ladrillos de las casas,

de cientos de casas y de mesas que no lo esperan,

que no sostienen sus piernas en las sillas.

Mi niño con su pan duro, los zapatos de siempre:

niño más alas que algodón o lino.

Niño frío de cemento: vereda de tierra.

Cualquier árbol es tu casa.

Cualquier árbol es tu casa, repites.

Pero casa es un traspié, una habitación que se esconde.

Entonces la calle, otra vez hambre

y tú, en el silencio, como un toro derrotado,

una fila de trenes arrastrándose hacia un puente

que se cierra.

No mires, ya no tendrás el aire,

no mires, no hay puerto, ni guerra, ni casa.

Mi niño sostiene un papel en blanco,

un espejo porque ahora el mar es mudo, blanco.

Niño que vuela, gira como un planeta frío,

muy frío, solo, muy solo.

Ya no el pan ni el hambre que caen

como la escritura de algo que fue urgente y no se dijo.

Entonces sostengo en mi mano

el sol partido de un día cualquiera

en una casa ajena, cualquiera,

que lo vio abrir la boca,

soltar los dedos.

Colgarse.





Ce qui se trouve au-dessus de ta tête n’est pas un toit


Si la ville avait une cime ou une rive,

nous pourrions laisser aux portes des offrandes d’insectes,

ceux-là, qui étaient si tristes, ceux-là, qui chantaient pour que la chaleur les étouffe.


Si au moins il y avait un virage, une route barrée, une voie sans issue,

nous aurions un endroit où laisser nos manteaux,

nos étreintes, nos contes d’alcôve,

nous pourrions mourir en marchant.

Les portes sont des dents qui tombent de ma bouche.


Si tu avais une cime ou une rive tu changerais d’ilôt de maisons

peut-être que demain tu rêveras que tu ne peux plus sortir du sac

dans lequel tu jongles et où tous t’applaudissent :

il est possible que tu rêves que personne ne te ferme de porte.


Un empire construit vers le haut est

un chemin inaccessible.


Un homme sans toit se contente de regarder vers l’avant.





Este encima de ti no es una casa


Si la ciudad tuviera una cima o una orilla,

podríamos dejar en los portales ofrendas de insectos,

esos que estaban tan tristes, esos que cantaban para que el

calor los sofoque.


Si al menos hubiera una curva, una vía cerrada,una calle

sin salida,

tendríamos donde dejar los abrigos,

los abrazos, los cuentos de alcoba,

podríamos morir caminando.

Los portales son dientes cayendo de mi boca.


Si tuvieras una cima u orilla cambiarías de cuadra,

quizás mañana sueñes que ya no puedes salir de la bolsa

en la que haces malabares y todos te aplauden:

posiblemente sueñes que nadie te cierra las ventanas.


Un imperio construido hacia arriba es

un camino inalcanzable.


Un hombre sin casa solo mira hacia el frente.




*Lugares que no existen en las guías turísticas, poemario de Gabriela Vargas que ganó el II Premio Internacional de Poesía “Vicente Huidobro”