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Selección de poemas de ‘Una historia del azul’

Jean-Michel Maulpoix

Traducido por Valeria Guzmán Pérez

Número revista:

7

Conocemos por susurros la existencia del amor.


Sentados sobre una piedra o bajo una sombrilla roja, tendidos en el prado de insectos que zumban, con las dos manos sobre la nuca, arrodillados en la frescura y la oscuridad de una iglesia, o arrellanados en una silla de mimbre entre cuatro paredes, con la cabeza baja, con los ojos fijos en un rectángulo de papel blanco, soñamos con estuarios, tumultos, oleajes, bonanzas y mareas. Escuchamos crecer en nosotros el inagotable canto de la mar, que fluye en nuestras cabezas y luego se retira, al igual que regresa y se retira el deseo curioso que tenemos del cielo, del amor y de todo lo que nunca podrán tocar nuestras manos. 





Nous connaissons par ouï-dire l'existence de l'amour.


Assis sur un rocher ou sous un parasol rouge, allongés dans le pré bourdonnant d'insectes, les deux mains sous la nuque, agenouillés dans la fraîcheur et l'obscurité d'une église, ou tassés sur une chaise de paille entre les quatre murs de la chambre, tête basse, les yeux fixés sur un rectangle de papier blanc, nous rêvons à des estuaires, des tumultes, des ressacs, des embellies et des marées. Nous écoutons monter en nous le chant inépuisable de la mer qui dans nos têtes afflue puis se retire, comme revient puis s'éloigne le curieux désir que nous avons du ciel, de l'amour, et de tout ce que nous ne pourrons jamais toucher des mains.



***



El nadador blanco en los brazos de la mar.


Tu cabeza es más fluida y más azul que el agua donde el pensamiento flota y se adormila, inmerso en el tumulto de frases, tú besas tu muda muerte.


Los brazos acorazados de tersas algas. Brazada tras brazada, estrujas tu corazón contra la oscuridad que te sostiene y te sopesa: tu mente se disuelve despacio con todos los resentimientos, los cálculos, las ideas aproximadas, las certezas y las verdades superficiales.


Vas a la mar enjuagado con tu melancolía.





Nageur blanc dans les bras de la mer. 


La tête fluide et bleue plus que l'eau où la pensée flotte et s'endort, immergé dans le tumulte des phrases, tu embrasses ta mort insonore.


Les bras cuirassés d'algues lisses, tu pousses brasse après brasse ton cœur contre l'obscur qui te supporte et te soupèse : ton esprit se dissout lentement, et tous les ressentiments, les calculs, les idées approximatives, les certitudes et les vérités de surface. 


Tu vas dans la mer, rincé de ta mélancolie.



***



Este azul se pega a mis labios.


Aquel que muy tarde ha comprendido que nunca sabrá el porqué ni el cómo de las cosas y cuyo corazón devorado deriva entre dos aguas, entierra su amargura y su deseo entre brozas marinas. Aún espera rescate de mar abierta, ráfagas de cielo, un poco de sangre nueva, lo que quede de carne para calentar sus huesos, y quizá también, los buenos atardeceres, tres miligramos de eternidad que se diluyan lentamente en la lengua.





Ce bleu me colle aux lèvres. 


Celui qui bien tard a compris qu'il ne saura jamais le pourquoi ni le comment des choses, et dont le cœur mangé dérive entre deux eaux, enfouit dans les étoffes de la mer son amertume et son désir. Encore espère-t-il du large un secours, des rafales de ciel, un peu de sang neuf, ce qu'il faut de chair pour chauffer ses os, et peut-être même, les beaux soirs, trois milligrammes d'éternité qui fondent lentement sur la langue.